Un chien de catégories est forcément agressif. Fausse croyance numéro 10.

S’il y a bien un sujet qui me tend, c’est celui de l’agressivité attribuée aux chiens de catégories. Ou aux chiens noirs, ça marche aussi. Trop souvent on entend encore « tu sais le chien méchant là, le chien d’untel, c’est un chien de catégorie, c’est agressif ça ! »… Il faut dire aussi que le nom des catégories n’aide pas non plus ces chiens : catégorie 1 : « chiens d’attaque », catégorie 2 : « chien de garde et de défense ». Le raccourci est alors vite fait dans la tête des gens : s’ils sont dans ces catégories c’est forcément que ce sont des chiens méchants. Mais pourquoi ces races de chiens catégorisées, dont la détention est soumise à certaines conditions, ont-elles été classées ainsi ? Et qu’en est-il réellement de leur dangerosité potentielle ? 

Portrait d'un chien Rottweiler
Les chiens de catégories sont tous agressifs. Idée reçue. Ici un Rottweiler.

Les différentes catégories de chiens

 En France il existe 3 catégories dans lesquelles sont classées les chiens. Il existe aussi 9 groupes, qui classent les races en fonction de leurs caractéristiques. 

Les races de chiens de catégorie 1 :

Les chiens de catégorie 1 sont dits « chiens d’attaque ». Ils ne sont pas inscrit au LOF (Livre des Origines Français) et ne sont donc pas « de race ». Il s’agit de chiens issus de croisements, dont les caractéristiques morphologiques les rendent assimilables aux chiens de races

  • American Staffordshire Terrier / Staffordshire Terrier (non LOF, appelés aussi « Pit-Bulls »)
  • Mastiff (autrement appelé Boerbull) (non LOF)
  • Tosa (non LOF)
A noter : le Staffordshire Bull Terrier (ou Staffie) n’est classé ni en catégorie 1 ni en catégorie 2. Seul le nom peut prêter à confusion. 

Les races de chiens de catégorie 2 :

Les chiens de catégorie 2 sont dits « chiens de garde et de défense ». Ils sont inscrits au LOF ou disposent d’un certificat de naissance retraçant leurs origines. Les races suivantes sont concernées : 

  • American Staffordshire Terrier / Staffordshire Terrier (LOF)
  • Tosa (LOF)
  • Rottweiler (LOF)
  • Les chiens assimilables par leurs caractéristiques morphologiques aux Rottweiler sont aussi concernés. Ceux là ne sont donc pas inscrits au LOF.  
Vous avez remarqué ? American Staffordshire Terrier, Staffordshire Terrier et Tosa sans papiers sont classés en catégorie 1, avec papiers ils sont classés en catégorie 2. Qu’est-ce que cela change au juste pour les faire passer de chiens « de garde et de défense » à chiens « d’attaque » ? Mystère. 
Portrait d'un chien Mastiff
Chiens de catégorie, forcément agressifs. Idée reçue. Ici un Mastiff.

Les races de chiens de catégorie 3 :

Une troisième catégorie de chiens existe : les « autres chiens ». Tous ceux n’entrant pas dans les catégories 1 ou 2 font donc partie de cette catégorie 3, qu’ils soient LOF ou non LOF, pure race ou croisés. On peut donc dire que tous les chiens sont des chiens de catégories. 😉 

Ces races de chiens sont classées en différents groupes, de 1 à 10, en fonction de leurs caractéristiques : 

  • Groupe 1 : Chiens de Berger et de Bouvier
  • Groupe 2 : Chiens de Type Pinsher et Schnauzer, Molossoïdes, Chiens de Montagnes et de Bouvier Suisse
  • Groupe 3 : Terriers
  • Groupe 4 : Teckels
  • Groupe 5 : Chiens de Types Spitz et de Type Primitif
  • Groupe 6 : Chiens Courants, chiens de Recherche au Sang et Races Apparentées
  • Groupe 7 : Chiens d’Arrêt
  • Groupe 8 : Chiens Rapporteurs de Gibier, chiens leveurs de gibier, chien d’eau
  • Groupe 9 : Chiens d’Agrément et de Compagnie
  • Groupe 10 : Lévriers
Les groupes sont donc à ne pas confondre avec les catégories ! 
Chien Amstaff couché dans un pré
Les chiens de catégories, ces chiens dits dangereux. Ici un Amstaff.

Conditions de détention des chiens de catégories 1 et 2 :

Obligations pour les propriétaires de chiens de catégories 1 et 2 :

  • Déclarer son chien en Mairie
  • Avoir une assurance en responsabilité civile avec le chien déclaré dessus
  • Faire identifier son chien par puce électronique ou tatouage 
  • Faire vacciner son chien contre la Rage
  • Faire pratiquer une évaluation comportementale à son chien par un vétérinaire
  • Faire stériliser son chien s’il appartient à la catégorie 1
  • Avoir un permis de détention (« permis chiens »)
  • Bénéficier d’une attestation d’aptitude 

La détention de chiens de catégories 1 et 2 est interdite aux :

  • Mineurs (-18 ans)
  • Personnes majeures sous tutelle (sauf autorisation du juge des tutelles)
  • Personnes condamnées pour crime ou délit inscrit au bulletin n°2 du casier judiciaire
  • Personnes auxquelles la propriété ou la garde d’un chien à été retirée pour cause de danger pour les personnes ou animaux domestiques (dérogation possible par le maire si cette décision date de plus de 10 ans, en fonction du comportement du demandeur)

Pour les chiens de catégorie 1 seulement :

  • Acquisition, cession et importation interdites
  • Certificat de stérilisation obligatoire
  • Accès aux lieux publics, locaux ouverts au public et transports en commun interdits (autorisés pour les chiens de catégorie 2 à condition qu’ils soient en laisse et muselés, et encore cela n’est pas valable partout, notamment pour les transports en commun). 
En cas de non respect de ces obligations, les propriétaires encourent des amendes allant de 150€ à 15 000€ et 6 mois de prison en fonction des infractions. 

Origine de ces catégories :

Pourquoi ce classement ? Comment certaines races de chiens ont « atteris » dans les catégories 1 et 2 ? Au vue des conditions de détention, il y a de quoi se poser des questions. Délit de « sale gueule » ? Sur-médiatisation d’un molosse ayant mordu un enfant ? Races victimes d’un effet de mode ? Propriétaires irresponsables ayant profité de la carrure de ces races pour les « éduquer » à des fins malhonnêtes ? Désir de limiter la population de ces races en France ? Quand on voit inscrit pour les chiens de catégorie 1 « acquisition, cession et importation interdites » et « stérilisation obligatoire« … il n’y a plus grand doute sur ce sujet. Quant au souhait de vouloir limiter le risque de morsures en France, nous y reviendront plus bas. 

C’est la loi du 6 Janvier 1999 (qui a donc fêté ses 20 ans…) qui classe les chiens dans ces 2 catégories. Catégories assez injustement nommées puisque : 

  • Le Pit-Bull est une race reconnue aux USA, sous le nom de « American Pit-Bull Terrier » et est un excellent chien de travail : chien de recherche, chien d’assistance, chien policier, chien détecteur de stupéfiants… 
  • L’Amstaff (ou American Staffordshire Terrier) est un chien très intelligent, sportif et obéissant.  Sociable et affectueux, il fait souvent un excellent chien de compagnie. 
  •  Le Boerbull est un excellent chien de troupeau créé par les fermiers en Afrique. Il a la réputation d’être capable de combattre un lion. C’est une légende qui a la vie dure ici en France, car même si là-bas en Afrique, il est capable en groupe de plusieurs Boerbulls de mettre en fuite un lion, il ne se risquera jamais seul à aller l’affronter. 
  • Le Tosa : bien que anciennement chien de combat au Japon, il est un chien placide, attentionné avec les membres de la famille. 
  • Le Rottweiler : ce gros nounours, qui certes est un excellent chien de garde, est aussi un chien loyal, affectueux et obéissant. 

La loi du 20 juin 2008 vient ensuite ajouter l’évaluation comportementale et le permis de détention, ainsi que l’attestation d’aptitudes qui va avec, pour pouvoir détenir un chien de catégorie 1 ou 2. Cette loi est un peu plus logique que la première, puisque si le souhait est de limiter le risque de morsures en France, ces mesures semblent plus adaptées qu’une catégorisation raciale. Cependant, cette nouvelle loi n’a pas supprimé ce dit classement.

 
D’autre part, quand on sait que dans certains pays l’évaluation comportementale est obligatoire pour tous les chiens, on peut se demander si ce n’est pas plutôt ce fameux délit de sale gueule dont ces races sont victimes en France. Et honnêtement, quand on lit sur un site officiel « conditions de détention d’un chien dangereux » et « qui peut posséder un chien dangereux« , on se dit qu’il y a quand même un sacré bout de chemin à faire…
Chien Tosa vue de profil
Chiens de catégorie, chiens dangereux. Idée reçue. Ici un Tosa.

Les races de chiens les plus mordeurs en France :

Venons en maintenant au fait. Difficile de trouver des statistiques récentes sur le nombre de morsures de chiens en France. La plus récente, datant de mai 2011 (avec une mise à jour en mai 2014) a été réalisée par INVS (Institut National de Veille Sanitaire) conjointement avec Zoopsy (association française des vétérinaires comportementalistes). Elle met en avant des faits intéressants, sur 413 morsures répertoriées

  • Les races les plus impliquées sont les Bergers Allemands, Jack Russell et Labradors
  • Seulement 18 chiens de catégories ont été à l’origine de morsures. 

Dans un autre rapport, publié par le 4C (Collectif Contre la Catégorisation des Chiens), on apprend aussi que les chiens de catégories ne représentent que 8.4% de la population canine, et qu’ils sont à l’origine de 7.4% des morsures observées, contre 92.6% pour les chiens non catégorisés…  Cette étude, réalisée entre octobre 2006 et septembre 2007 a recueillie ces données dans le cadre de la lutte contre la rage par les ex DDSV (Direction Départementale des Services Vétérinaires) au titre de l’article L.223-3-10 du Code Rural.  

Ce que l’on peut en retenir, c’est qu’aucun chien n’est plus dangereux qu’un autre. Cette catégorisation des races de chiens n’est visiblement pas le meilleur moyen de faire baisser le nombres de morsures de chiens en France. Elle ne permet pas non plus de résoudre les problèmes de fond en éduquant, informant et sensibilisant les gens et les publics à risque tels que les enfants. 

N’oublions pas qu’en tant qu’être vivant, le chien est un animal plein d’émotions, il n’est en aucun cas une peluche ou un jouet. Il peut aussi présenter des douleurs ou handicaps (arthrose, suite de blessures, épine dans le coussinet, cécité totale ou partielle, douleur de l’arrière train, otite, insuffisance rénale, etc…) qui peuvent donner lieu à une mauvaise réaction. Nos câlins et bisous ne font pas non plus partie de son langage canin, aussi laisser un enfant enlacer un chien peut être facteur de risque. Ceci n’étant qu’un exemple. 

Tandis que de plus en plus de pays privilégient une politique de prévention, la France continue de durcir ses lois en matière de chiens dits dangereux, depuis 20 ans. Les médias n’arrangeant pas les choses, mettant en avant les faits divers concernant les molosses et chiens de catégories 1 et 2. 

Avec 1 cas de morsures toutes les 2 minutes en France, il serait peut-être temps de mettre en place une prévention plus importante, afin qu’humains et chiens puissent communiquer et se comprendre correctement, et éviter ainsi ce genre d’incidents. 

Fillette avec petit chien dans les bras
La prévention en matière de morsures de chiens, un élément essentiel auprès des publics à risque.

Anecdote sur les chiens noirs, soit disant "dangers sur pattes" :

Parfois je travaille le port de la muselière avec mon chien, car elle est obligatoire en transports en commun. Le jour où je prend le train, je n’ai pas envie qu’il soit stressé ou gêné par cet accessoire, donc de temps en temps il la porte, pour s’y habituer et la trouver (presque) aussi « normale » qu’un collier. 

Ce jour là, en voyage avec mon chien je visitais un petit village. Imaginez la scène : chien noir, avec sa muselière sur le nez, taille moyenne (30kg) en train de se balader au pied tranquillement. Des gens face à nous ont changé de trottoir, agrippant violemment leur enfant de 10-12 ans par le bras pour le cacher derrière eux

(Bon, outre le fait que le gamin n’a pas dû apprécier la manœuvre un peu brusque, quelle image donne t-on à son enfant en faisant ça, hormis lui inculquer la peur des chiens ? Bref, passons, c’est un autre sujet.)

Le lendemain, nous recroisons par hasard ces mêmes personnes. Celles-ci avancent alors vers nous en souriant en regardant mon chien et en disant « oooooh qu’il est beau ! » Moi : « Euuh… ?! » S’ensuit un « qu’est-ce qui lui est arrivé le pauvre ? » Ah je comprends mieux ! Mon « gros » chien noir, avec pourtant toujours sa muselière sur le nez, avait ce jour là un bandage à la patte suite à une coupure au coussinet !… De chien « méchant » parce que de couleur noire, il était brusquement passé à « pauvre petite chose fragile » parce qu’il avait une poupée…  

Alors, si le regard des gens peut changer grâce à un simple bandage, sur un chien non catégorisé portant tout de même une muselière (accessoire qui soit-dit en passant est donc associé à un danger potentiel…), j’ose espérer que le regard des gens puisse aussi changer sur le danger prétendu des chiens de catégories. 

Nous l’avons vu, aucun chien n’est plus dangereux qu’un autre. Une bonne éducation est la clef pour un chien bien dans ses pattes et en société. Elle passe par une excellente sociabilisation et une excellente imprégnationdès le plus jeune âge

Pour l’humain, être au fait des comportements canins est essentiel afin d’éviter certains gestes pouvant être mal interprétés. La prévention semble un facteur essentiel en ce sens, et devrait être obligatoire dans certaines entreprises (La Poste, EDF, etc…) et dans les écoles. 

Quel est votre avis sur le sujet ? Avez-vous eu de mauvaises expériences avec un chien ? En avez-vous depuis la phobie ? Au contraire, faites-vous en sorte d’avoir un chien bien équilibré afin de ne pas avoir ce genre de soucis ? Dites-le nous en commentaires. 😉 

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